Fraudes aux décès : l’Assurance retraite déploie une nouvelle stratégie d’intervention ciblant les retraités à l’étranger, dont 50 % vivent en Europe

Recevoir sa pension de retraite lorsqu’on vit à l’étranger n’est pas un automatisme : chaque année, plus d’un million de Français installés hors du territoire national doivent prouver qu’ils sont toujours en vie. Face à la multiplication des fraudes, l’Assurance retraite dévoile une nouvelle « stratégie d’intervention » mêlant biométrie, vérifications sur place et suspensions rapides des versements douteux. Objectif : protéger la solidarité nationale et garantir que l’argent public ne soit pas détourné.

Des pensions au-delà des frontières : un défi quotidien

Sur les quelque 15 millions de pensionnés du régime général, environ 1,3 à 1,4 million résident à l’étranger. Selon l’institution, près de 50 % vivent dans un autre pays européen (Espagne, Portugal, Belgique, Allemagne, Italie, etc.), tandis que le reste se répartit principalement en Afrique du Nord, en Amérique du Nord et en Asie. Chaque mois, plusieurs milliards d’euros franchissent ainsi les frontières. Dès lors, la moindre faille administrative ouvre la porte à des irrégularités coûteuses.

Pourquoi la fraude s’invite-t-elle dans les pensions versées hors de France ?

  • Échanges d’état civil inégaux : au sein de l’Union européenne, les décès remontent rapidement grâce à des bases de données interconnectées. Hors UE, l’information dépend souvent de documents papier, d’où un délai ou même l’absence de signalement.
  • Certificats contrefaits : certains fraudeurs se servent de faux tampons, signatures ou traductions approximatives pour prolonger indûment le versement d’une pension, voire récupérer celle d’un parent décédé.
  • Contrôle physique complexe : dans des zones rurales ou instables, vérifier la présence réelle d’un retraité nécessite de longs déplacements, parfois impossibles pour les agents ou les consuls.

À titre d’exemple, un dossier traité récemment au Maghreb concernait une retraitée officiellement centenaire ; une enquête de terrain a révélé qu’elle était décédée cinq ans plus tôt, ce qui avait entraîné un préjudice estimé à 65 000 €.

Biométrie et vérifications sur place : la riposte s’organise

Pour parer ces dérives, l’Assurance retraite déploie un panel d’outils complémentaires :

  • Application mobile biométrique : depuis septembre 2024, un simple selfie dynamique ou une courte vidéo permet de géolocaliser et de comparer les traits du visage de l’assuré à sa pièce d’identité. En moins de deux minutes, l’existence est confirmée.
  • Contrôles inopinés dans 25 pays « à risque » : des « équipes mixtes » – agents locaux, personnel consulaire et experts en fraude documentaire – convoquent les retraités dans des lieux sécurisés. En 2024, plus de 6 700 visites ont été menées en Algérie, au Maroc, en Tunisie, mais aussi au Canada et en Thaïlande.
  • Analyse automatique des documents : tampons, polices d’écriture et numéros d’enregistrement sont passés au crible par des algorithmes capables de détecter des anomalies invisibles à l’œil nu.
  • Suspension préventive : en cas de doute sérieux, le paiement est mis en attente sous 30 jours. Le retraité doit alors fournir des pièces complémentaires ; sans réponse, la pension est coupée.

Des résultats chiffrés : 188 millions d’euros sauvegardés

L’année 2024 marque un tournant :

  • 188 millions d’euros économisés grâce à la détection et à la prévention de la fraude.
  • Sur 6 700 contrôles, plus de 900 fraudes établies, représentant chacune un préjudice moyen d’environ 20 000 €.
  • 2 400 comportements fautifs (délai de déclaration, documents incomplets, négligences) corrigés, évitant d’éventuels trop-perçus.

Ces chiffres, encore modestes au regard des 260 milliards d’euros de prestations annuelles, démontrent toutefois que les paiements à l’étranger concentrent la majorité des incidents.

Ce que doit retenir tout retraité expatrié

  • Obligation annuelle : transmettre une preuve de vie via l’appli biométrique ou par un certificat signé par l’autorité locale. Sans cela, la pension est automatiquement suspendue.
  • Convocation possible : si le pays est classé « à vigilance renforcée », une comparution physique peut être exigée. Ne pas s’y présenter équivaut à un défaut de réponse.
  • Vigilance numérique : l’Assurance retraite ne sollicite jamais d’informations bancaires ou de mots de passe par e-mail. Les messages suspects doivent être signalés pour éviter le phishing.

Cap sur 2025 : quels nouveaux leviers ?

L’institution prévoit déjà d’élargir la biométrie à d’autres régimes (indépendants, agricultures, fonctions publiques) et de tripler le nombre de contrôles sur site. Par ailleurs, les agents consulaires seront formés à la détection de fraudes documentaires. Enfin, un « score de risque » alimenté par l’intelligence artificielle signalera automatiquement toute anomalie : variations bancaires soudaines, changement d’adresse suspect ou absence prolongée de connexion à l’espace personnel.

En conjuguant technologie de pointe et présence humaine, la Sécurité sociale espère poursuivre la réduction des montants indûment versés, tout en assurant un service fiable aux retraités installés aux quatre coins du monde.

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