Fraude aux pensions versées à l’étranger : le dispositif de l’Assurance retraite qui traque 1 000 dossiers par an et peut coûter très cher

Chaque année, l’Assurance retraite déploie un arsenal de contrôles pour s’assurer que les pensions versées – notamment celles destinées à l’étranger – arrivent aux bonnes personnes et pour prévenir la fraude. En 2024, ce dispositif a permis d’économiser près de 188 millions d’euros, illustrant la montée en puissance d’une stratégie mêlant data-science et enquêtes de terrain.

Un filet de sécurité toujours plus solide

La branche retraite verse plus de 160 milliards d’euros à quelque 15 millions de bénéficiaires. Si la fraude représente « seulement » environ 76 millions d’euros (soit moins d’un euro pour 1 000 versés), l’enjeu reste majeur : chaque euro indûment payé est un euro qui manque aux retraités et au financement durable du système.

  • 6 700 contrôles ciblés réalisés en 2024 : deux fois plus qu’en 2017.
  • 900 fraudes avérées décelées, d’un montant moyen de 20 000 € par dossier.
  • 2 400 fautes (omissions, erreurs de bonne foi, justificatifs manquants) rectifiées.
  • Objectif affiché : une progression annuelle de la détection de 10 % pour atteindre, à terme, un risque résiduel quasi nul.

Les zones les plus sensibles : focus sur la pension de réversion et l’ASPA

La majorité des pensions de base calculées sur des carrières françaises présentent un risque faible. En revanche, plusieurs prestations se montrent plus vulnérables :

  • La pension de réversion : son montant dépend de la situation familiale et des ressources du conjoint survivant. Des déclarations inexactes ou des changements de vie maritale non signalés peuvent fausser les droits.
  • L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) : cette aide soumise à conditions de revenus et de résidence peut donner lieu à des dissimulations de patrimoine ou de séjours hors de France.
  • Les pensions versées à l’étranger : environ 1,3 million de retraités français ou anciens cotisants résident hors du territoire national. Le principal risque ? Continuer à verser une pension après le décès d’un assuré, faute d’information fiable ou de certificat de vie actualisé.

À titre d’exemple, un réseau organisé a récemment été démantelé après avoir encaissé pendant plusieurs années les pensions de quatre retraités décédés au Maghreb, pour un préjudice estimé à plus de 600 000 €. Ce type de fraude reste minoritaire mais très coûteux pour la collectivité.

Quand la data-science détecte les « atypies »

L’essentiel des contrôles ne découle pas de dénonciations mais d’un algorithme qui interroge en permanence plus de 270 variables : adresses fiscales, déclarations de revenus, données bancaires, historiques d’hospitalisations, etc. Les dossiers présentant des « signaux faibles » – par exemple :

  • Multiples changements de RIB en peu de temps
  • Absence prolongée de dépenses de santé en France pour un retraité censé y résider
  • Écarts atypiques entre prestations perçues et patrimoine déclaré

– sont remontés à une cellule spécialisée. Ensuite, une centaine d’enquêteurs assermentés prennent le relais : contrôles inopinés au domicile, vérification des certificats de vie, recoupements avec les banques et les caisses d’assurance maladie. En moyenne, chaque enquêteur identifie pour environ 150 000 € de fraude par an.

Des sanctions qui peuvent s’avérer salées

Détecter la fraude n’est que la première étape ; la récupérer est souvent un marathon. Selon la gravité du manquement :

  • Remboursement intégral des sommes perçues indûment, étalé ou immédiat.
  • Majoration de 10 % à 50 % du trop-perçu en cas de mauvaise foi avérée.
  • Dans les cas graves (faux certificats de vie, organisation frauduleuse), poursuites pénales : amende jusqu’à 375 000 € et peine de prison.

Exemple récent : un retraité domicilié en Asie a été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 120 000 € de dommages pour avoir perçu la pension d’un parent décédé depuis quatre ans.

Bons réflexes pour éviter les faux pas… et les escrocs

La majorité des « irrégularités » relèvent d’un simple oubli : mariage non déclaré, déménagement, changement de compte bancaire. Pour rester en règle, il suffit de :

  • Mettre à jour rapidement toute modification de état civil ou de coordonnées bancaires.
  • Transmettre chaque année son certificat de vie lorsque l’on réside hors de France.
  • Conserver traces et justificatifs (avis d’imposition, quittances de loyer, relevés bancaires) au minimum cinq ans.

En parallèle, les tentatives de hameçonnage se multiplient : courriels promettant une « revalorisation immédiate de votre retraite », appels d’organismes fictifs proposant de « vérifier votre RIB », sites web imitant les couleurs officielles… Les seniors restent des cibles privilégiées ; selon plusieurs assureurs, les fraudes numériques à l’encontre des plus de 60 ans ont bondi de 30 % en un an.

  • Ne jamais communiquer ses identifiants ou codes d’accès par téléphone ou courriel.
  • Refuser toute prise en main à distance de son ordinateur ou smartphone.
  • Composer soi-même le numéro officiel de l’Assurance retraite (3960 depuis la France) en cas de doute.

Un système perfectible… mais de plus en plus efficace

L’Assurance retraite prévoit de renforcer encore son dispositif : extension de la biométrie pour la vérification des certificats de vie, partenariats accrus avec les autorités étrangères et usage de l’intelligence artificielle pour anticiper les schémas inédits de fraude. À terme, l’objectif affiché est clair : réduire la fraude à moins de 0,02 % des montants versés et garantir à chaque retraité que sa pension est sûre, transparente et pérenne.

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