REPORTAGE: Association forme à identifier signaux faibles d’abus sexuels sur enfants

Dans le cadre de sa nouvelle stratégie de combat contre les violences envers les enfants, l’exécutif souhaite instaurer des programmes de formation destinés à assister les experts du domaine de l’enfance à identifier plus efficacement ces situations violentes. Cette approche a déjà été adoptée par diverses organisations associatives.

L’étape dijonnaise de l’association BeBraveFrance débute par une pièce de théâtre. Sur scène, dans une petite salle polyvalente, deux acteurs racontent avec leurs mots et leurs instruments l’histoire terrifiante des viols dont ils ont été victimes lorsqu’ils étaient enfants. « Je ne peux pas dire ce qu’il s’est passé après. Je ne m’en souviens plus. Mais la vie a repris son cours. Une vie normale… », confie l’un d’eux.

Les témoignages artistiques servent de base à la discussion initiée par le mouvement de survivants de violences sexuelles commises contre des enfants. Les discussions commencent par une table ronde, puis se poursuivent en petits groupes. Des professionnels du secteur de la petite enfance, des membres d’associations, des gendarmes, des avocats et des magistrats sont présents. « Il est clair que, quand on n’a pas décrypté les signaux de la violence, on ne va pas la voir. Les signaux des enfants sont des signaux presque imperceptibles, donc il faut vraiment être très à l’écoute », souligne une personne.

Stéphanie Vuilquez, thérapeute, connaît ces « signaux faibles » des victimes et contribue à éclairer les débats. « Un enfant victime va peut-être avoir des troubles du comportement, être agité en classe ou peut-être être dans des formes d’hypersexualité, montrer son sexe ou essayer de toucher celui des autres », explique-t-elle.

Aurélien apprécie la pluridisciplinarité des échanges. « Ce modèle de débat collectif permet de réfléchir, de poser aussi des questions. Comment peut-on faire mieux ? Qu’est-ce qu’on peut faire à titre individuel pour faire bouger les choses ? », demande-t-il. Le gouvernement souhaite s’inspirer de ce type d’initiative lancée par les associations pour le nouveau plan de lutte contre les violences faites aux enfants, dont les grandes orientations doivent être présentées le 7 juin en Conseil des ministres par Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, et Charlotte Caubel, secrétaire d’État chargée de l’Enfance. La formation des professionnels de l’enfance pour les aider à repérer ces violences doit notamment être renforcée.

Pour Arnaud Gallais, co-fondateur de BeBrave et victime et membre de la Ciivise, il est réconfortant de voir le gouvernement s’attaquer à ce problème, mais il souhaiterait que les efforts soient intensifiés. « Il faut bien se rendre compte que l’on parle aujourd’hui de 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année. Si l’on veut sauver des enfants, il faut mettre les moyens. Il s’agit peut-être simplement d’identifier les lieux où les enfants vont et de prendre conscience que nous avons véritablement une obligation de résultat dans ces endroits. Il est temps d’arrêter de tergiverser ! Tout le monde aujourd’hui s’est mis à la hauteur de l’enfant, et c’est ce que je conseillerais au gouvernement », affirme-t-il.

Après Dijon, Arnaud Gallais compte poursuivre ses formations dans plus de 30 villes à travers la France.

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