Iran : jugement des journalistes ayant révélé la mort de Mahsa Amini pour atteinte à la sûreté

Niloufar Hamedi, âgée de 30 ans, et Elaheh Mohammadi, 36 ans, sont jugées depuis fin mai 2023 devant une cour révolutionnaire à Téhéran pour « atteinte à la sécurité nationale ». Les deux femmes soulignent qu’elles se sont contentées d’exercer leur métier de journalistes. Elles encourent la peine de mort.

Elles se nomment Niloufar Hamedi et Elaheh Mohammadi et, depuis un mois, elles sont détenues dans un tribunal révolutionnaire à Téhéran, en Iran, jugées pour avoir rapporté en septembre dernier l’histoire de Mahsa Amini, une étudiante de 22 ans battue à mort par la police des moeurs parce que ses cheveux sortaient de son voile. Le procès se déroule à huis clos, et même les membres de leur famille n’ont pas le droit d’assister aux audiences. On sait seulement qu’elles ont nié les accusations portées contre elles, à savoir qu’elles auraient voulu nuire à la sécurité nationale en incitant à la révolte.

Devant le tribunal, elles ont déclaré dès le premier jour d’audience qu’elles avaient simplement fait leur travail. On comprend alors que ce procès est en réalité celui du journalisme, de la liberté d’enquêter, de questionner et de mettre en lumière les manipulations du pouvoir. La première des deux journalistes à s’être intéressée à l’histoire de Mahsa Amini est Niloufar Hamedi, 30 ans, reporter pour le journal Shargh. Elle s’est spécialisée dans les droits des femmes dans son pays et, en septembre dernier, elle a été interpellée par une publication Instagram qui lui a été transmise.

Cette publication parlait d’une jeune femme grièvement blessée après avoir été frappée par la police des moeurs pour une mèche de cheveux qui dépassait de son voile. Niloufar Amedi a donc vérifié l’information : elle a trouvé l’hôpital, s’y est rendue, a rencontré la famille ainsi que des témoins de la scène, et a publié les photos sur Twitter. C’était le 16 septembre 2022. Le jour même, Mahsa Amini succombait à ses blessures. Une semaine plus tard, Elaheh Mohammadi, l’autre journaliste actuellement jugée, a couvert les funérailles de l’étudiante.

Elles encourent la peine capitale

Rapidement, l’Iran s’est enflammé. Des manifestations aux cris de « femmes, vie, liberté » ont éclaté dans le pays, entraînant une répression immédiate et des arrestations, dont celles des deux journalistes, accusées d’avoir déclenché la contestation. Au cours de cette révolte, 95 autres journalistes seront également arrêtés.

Aujourd’hui, Niloufar Hamedi et Elaheh Mohammadi reçoivent du soutien du monde entier. Le magazine Time les a désignées comme les personnalités les plus influentes de l’année, et plus de 500 journalistes en Iran ont signé une pétition demandant leur libération. Elles encourent la peine de mort, mais leurs proches affirment qu’elles ne perdent pas espoir. Depuis sa cellule, en prison, Niloufar Hamedi a confié à son mari : « Quoi qu’il arrive, la vie trouve toujours son chemin, même ici et malgré tout ».

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