Durant les travaux de construction d’un magasin spécialisé dans le bricolage, plusieurs menhirs de petite taille ont été démolis. La municipalité de Carnac avait accordé l’autorisation de bâtir le 26 août 2022, après avoir rejeté une première demande en 2015.
Les petits menhirs détruits à Carnac dans le but de bâtir un magasin de bricolage avaient-ils une valeur archéologique ? Si les défenseurs du patrimoine affirment que oui, la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) et la mairie de Carnac, commune du Morbihan, sont plus prudentes.
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Un chercheur proche du dossier qui préfère garder l’anonymat souligne que la question restera en suspens faute de fouilles complémentaires. Entre 50 cm et un mètre de hauteur, ces 39 petits menhirs ont été détruits récemment lors du chantier de construction d’un magasin de bricolage.
Tranchées
La démolition des menhirs a été révélée le 2 juin par Christian Obeltz, un archéologue amateur, sur son blog. Ce qui a suscité une vive émotion, d’autant plus que les alignements de menhirs du sud du Morbihan s’apprêtent à postuler pour être inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Obeltz décrit plusieurs dégradations brutales réalisées durant l’hiver et le printemps et qui dégradent le site mondialement connu. Il déplore la destruction d’un site qui, bien que modeste, témoignait de la structuration du territoire dès le Néolithique.
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En décembre 2014, une première demande de permis de construire est déposée. Le terrain, situé dans une « zone d’activité » selon le plan local d’urbanisme (PLU), a fait l’objet de fouilles par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), qui se sont conclues sur un constat contradictoire.
Deux files de blocs de pierres intégrées dans deux anciennes clôtures recouvertes de taillis ont été découvertes. Pour cela, huit tranchées de trois mètres de large ont été creusées sur ce terrain partiellement encombré de déchets divers, de déblais et de bosquets. Selon l’Inrap, seule une analyse complémentaire des monolithes, voire une fouille, permettrait de certifier leur origine néolithique.
Plainte contre X
Suite à l’émotion suscitée par la destruction des menhirs, la Drac de Bretagne a précisé qu’elle avait émis une prescription à l’époque de fouilles au promoteur, qui ne l’a pas mise en œuvre. La Drac souligne également le caractère incertain et non majeur des vestiges trouvés lors des fouilles préventives de 2015. Selon la Drac, l’atteinte à un site ayant une valeur archéologique n’est pas établie, car il n’est pas répertorié parmi les zones de présomption archéologique, justifiant un avis du service régional d’archéologie.
De son côté, le maire, Olivier Lepick, affirme avoir parfaitement respecté la législation et évoque également la faible valeur archéologique des objets trouvés.
La direction de l’enseigne de bricolage exprime ses regrets face à cette situation et rappelle que la Commission départementale d’aménagement commercial (Cdac) du Morbihan a donné son accord pour l’exploitation commerciale en janvier 2022. Une association de défense du patrimoine, Koun Breizh (Mémoire bretonne en breton), a annoncé avoir déposé une plainte contre X.
Difficile à dater
L’archéologue amateur Christian Obeltz soutient que les petits menhirs du Chemin de Montauban pourraient constituer l’un des ensembles de stèles les plus anciens de Carnac. Selon lui, ces menhirs pourraient dater de la même période que les vestiges d’un site voisin dont les datations au carbone 14 remontent à 5480-5320 av. J.-C., soit la datation la plus ancienne pour un menhir dans l’ouest de la France.
Philippe Gouézin, docteur en archéologie et archéométrie à l’Université de Rennes, se montre prudent sur cette datation. Selon lui, il est difficile de dater des éléments en l’absence de carbone 14, d’os, de noisettes ou de baies piégées dans des conditions particulières et bien enfouies dans le sol. Cette datation aurait nécessité une analyse scientifique au-delà du diagnostic préventif qui consiste en des sondages ou repérages, explique l’expert.
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