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RD Congo : le travail des enfants perdure dans le Sud-Kivu

Bien qu’interdit, le travail des enfants dans le pays est une réalité dénoncée depuis plusieurs années par les ONG de défense des droits humains perdure dans le Sud-Kivu.

Bassines et pelles à la main, des enfants, dont certains n’ont pas 10 ans, s’attèlent à nettoyer la boue creusée fraîchement dans les puits pour en extraire de l’or sans équipement et protection. Travailler dans les mines est le quotidien de plusieurs enfants. Ils travaillent plusieurs heures par jour. Certains descendent même dans les puits profonds de plusieurs centaines de mètres et les tunnels pour creuser et trouver de l’or sans aucune mesure de sécurité. C’est très dangereux. Il y a souvent des éboulements.

D’autres sont exposés aux produits toxiques comme le mercure qu’ils utilisent pour laver le minerai. Ils doivent aussi transporter de lourdes charges. Ces enfants sont pour la plupart en âge d’être scolarisés et ne vont pas à l’école. Pourtant le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait déclaré la gratuité de l’enseignement primaire.

Au Sud-Kivu, le taux de chômage est élevé. Les parents n’ont pas les moyens de s’occuper de leurs enfants. Ces derniers sont donc obligés d’aller travailler dans les mines pour gagner de l’argent grâce à la revente des grammes d’or à des négociants pourtant le travail des enfants est interdit par la loi. Mais les autorités locales et la police des mines ne font rien pour décourager ce phénomène.

Le Sud-Kivu regorge de plusieurs gisements aurifères en grande partie exploités par la société minière du Kivu (SOMINKI) et la société canadienne Banro Corporation à travers quatre filliales dont Kamituga Mining, qui détient la principale concession minière de la ville. Mais les activités de Banro Corporation dans la province sont suspendues depuis septembre 2019 en raison des menaces sécuritaires liées à la présence de milices rebelles.

Toutefois, selon Raoul Kitungano, directeur de l’ONG “Justice pour tous” qui lutte contre le travail des enfants dans les mines du Sud-Kivu, les populations locales continuent d’exploiter artisanalement une partie du champ minier concédé à la multinationale.

Les populations exploitaient déjà la mine d’or avant l’arrivée de Banro Corporation. Mais pour préserver la paix, la société canadienne a accepté que les creuseurs locaux continuent d’avoir accès au gisement. Les populations sont attirées par l’argent facile et rapide. Elles ont donc abandonné l’agriculture pour aller travailler dans les mines. Le taux de décrochage scolaire est aussi élevé.

Les jeunes prennent des risques inconsidérés parce que c’est dans cette même mine, en septembre 2020, que l’effondrement d’un puits a fait plus de cinquante morts.

En 2016, un rapport d’Amnesty international et de l’ONG congolaise Afrewatch évaluait à 40 000 le nombre d’enfants travaillant dans des conditions inhumaines uniquement dans les mines artisanales de cobalt, dans le sud de la République démocratique du Congo.

Sous pression, le gouvernement a affiché, dans un document stratégique, publié en octobre 2017, sa volonté “d’éradiquer le travail des enfants dans les activités minières à l’horizon 2025”. En s’appuyant sur la loi portant de protection de l’enfant qui condamne les pires formes de travail des enfants, le code minier révisé en 2018 dans son article 299 bis, réprime ainsi “l’exploitation et le commerce de produits miniers provenant d’un site où les lois sur la protection des droits humains, des droits de l’enfant ou des droits de la femme”, sont violées. La sanction prévue est de 10 000 dollars par jour jusqu’à cessation de la violation.  Mais selon Raoul Kitungano, “ces textes ne sont pas respectés. Et il n’y a pas eu de réelles avancées”.

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