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Nucléaire iranien : Production d’uranium enrichit à 60%

Au lendemain de la décision de l’Iran d’enrichir son uranium à hauteur de 60 %, et quelques jours après une explosion dans l’une de ses usines d’enrichissement, les discussions pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien reprennent jeudi dans un contexte tendu.

Les discussions pour sauver l’accord international sur le nucléaire iranien, qui s’étaient refermées la semaine dernière à Vienne sur une note positive, reprennent jeudi 15 avril. Entre-temps, la décision de Téhéran d’enrichir l’uranium à hauteur de 60 % a jeté un froid. En se rapprochant des 90 % nécessaires à une utilisation militaire, la République islamique “met la pression sur tout le monde”, résume un diplomate européen.

Après un bon départ, “c’est vrai que cela complique les choses”, dit-il à l’AFP avant une nouvelle réunion des États parties à l’accord (Allemagne, France, Royaume-Uni, Chine, Russie et Iran), prévue à 12 h 30, heure locale, dans la capitale autrichienne.

Le franchissement imminent de ce seuil inédit de 60 % se veut une “réponse” au “terrorisme nucléaire” d’Israël après l’explosion survenue dimanche dans l’usine d’enrichissement de Natanz, argue Téhéran, qui accuse ouvertement l’État hébreu d’avoir saboté cette usine.

Berlin, Paris et Londres ont mis en garde contre toute escalade, “par quelque pays que ce soit”, tout en déclarant que l’annonce par l’Iran du lancement d’un enrichissement à 60 % est un “développement grave (…) contraire à l’esprit constructif” des discussions.

De son côté, Moscou préfère y voir le signe qu’il faut agir vite. “Cela prouve que le rétablissement du JCPOA”, acronyme anglais qui désigne communément l’accord de Vienne conclu en 2015, “est la seule solution viable pour ramener le programme nucléaire iranien” sur les rails, a écrit sur Twitter l’ambassadeur russe auprès des organisations internationales à Vienne, Mikhaïl Oulianov.

Jeudi, dans un discours transmis par la télévision d’État, le président iranien a jugé sans fondement les “inquiétudes” affichées la veille par Berlin, Londres et Paris à propos de la décision annoncée par Téhéran d’enrichir l’uranium à hauteur de 60 %.

“Des inquiétudes [ont été] exprimées en Europe et aux États-Unis sur le fait que nous, en Iran [si nous] commençons à enrichir à 60 % [cela] signifie pouvoir atteindre 90 % [un seuil militaire, NDLR] d’un seul coup”, mais c’est une “erreur”, a-t-il déclaré. “Nos activités nucléaires sont pacifiques, nous ne cherchons pas à obtenir la bombe atomique”

L’Iran l’a répété mercredi : pour stopper cette “spirale dangereuse”, les États-Unis doivent lever les sanctions imposées par le président américain Donald Trump, qui a retiré les États-Unis de cet accord en 2018.

Le JCPOA avait permis un allègement des mesures punitives contre la République islamique en échange d’une réduction drastique de ses activités nucléaires, sous le contrôle de l’ONU, afin de garantir qu’elle ne cherche pas à se doter de la bombe atomique.

C’est l’un des sujets sur lesquels planchent les experts à Vienne, sous l’égide de l’Union européenne, avec la participation indirecte d’une délégation américaine, logée dans un autre hôtel.

“Nous sommes concentrés sur la voie diplomatique pour avancer”, a déclaré la veille de la reprise des discussions la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki. “Nous savons que ce sera un long processus, mais nous voyons (ces discussions) comme un signe positif”.

“Les événements de ces derniers jours rappellent à chaque partie que le statu quo est synonyme de perdant-perdant pour les deux camps” et “renforcent l’urgence”, commente auprès de l’AFP Ali Vaez, spécialiste du dossier iranien au sein du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

“Il est clair que plus le processus diplomatique s’éternise, plus grands sont les risques qu’il soit entravé par des saboteurs et des personnes mal intentionnées”, ajoute-t-il, alors que le guide suprême iranien Ali Khamenei a fait savoir mercredi qu’il n’autoriserait pas que les discussions traînent “en longueur”.

Les obstacles sont cependant nombreux et définir une feuille de route acceptable par l’Iran et par les États-Unis, les deux puissances ennemies, prendra du temps, préviennent les experts.

En attendant, Téhéran réduit son “break-out time”, soit le délai pour acquérir la matière fissile nécessaire à la fabrication d’une bombe, s’inquiète le diplomate européen.

“Le ciel ne nous tombera pas sur la tête dès le lendemain du début de l’enrichissement d’uranium à 60 % par l’Iran”, souligne Ali Vaez, “mais les préoccupations vont grandir dès qu’ils auront accumulé une quantité significative de matière”.

Selon lui, au cours des deux dernières décennies, “seule la diplomatie a prouvé son efficacité pour contenir le programme nucléaire iranien”, tandis que “les sanctions ou le sabotage” ont invariablement échoué.

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