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Espagne – Kosovo : Le football au bras de fer diplomatique

Quand le carré vert devient le lieu d’un affrontement diplomatique. Non reconnu politiquement par l’Espagne, le Kosovo a agité la menace d’un boycott de son match face à la sélection espagnole, prévu le 31 mars et comptant pour les éliminatoires du Mondial-2022, si son drapeau et son hymne ne sont pas respectés.

C’est inacceptable pour le Kosovo car cela revient à nier qu’il est un territoire indépendant, explique Loïc Trégourès, professeur à l’université catholique de Paris. Cette dénomination ne respecte tout simplement pas celle adoptée par l’Union européenne pour les documents politiques.

Le président de la Fédération kosovare de football a menacé de boycotter le match si le drapeau de sa nation n’était pas hissé aux côtés de celui de l’Espagne et si son hymne n’était pas joué avant la rencontre.

Depuis 2008 et sa déclaration d’indépendance, le Kosovo a été reconnu comme État par la moitié des pays du monde. Au sein de l’Union européenne, seuls cinq pays s’y refusent : outre l’Espagne, Chypre, la Grèce, la Roumanie et la Slovénie.

Dans le cas de l’Espagne, il s’agirait donc de ne pas donner du grain à moudre aux indépendantistes du pays Basque et de la Catalogne, même si le gouvernement espagnol s’est toujours défendu de cette version. La position de l’Espagne sur le sujet du Kosovo est presque plus royaliste que le roi. La Slovénie ou la Grèce ont des approches beaucoup plus pragmatiques, explique Loïc Trégourès.

En 2018, le Premier ministre kosovar, Hashim Thaçi, avait rejeté ce parallèle : “L’Espagne n’est pas la Serbie et la Catalogne n’est pas le Kosovo.”

Après d’intenses discussions entre les deux fédérations, un compromis a finalement été trouvé pour que la rencontre ait lieu. Le quotidien Marca en dévoile les contours et affirme que les discussions ont été pilotées directement par le ministère espagnol des Affaires étrangères.

L’Espagne assure qu’elle respectera les règles des instances de football internationales, notamment pour éviter une sanction de la Fifa ou de l’UEFA.

Lors de l’annonce de la liste des 24 joueurs finalement retenus, la sélection espagnole a mis de l’eau dans son vin en évoquant “les trois prochaines rencontres internationales”, mettant ainsi sur un pied d’égalité la Grèce, la Géorgie et le Kosovo. Elle devrait respecter à la lettre le protocole officiel tout en utilisant les mots choisis par le ministère des Affaires étrangères, selon Marca.

Du côté de la nation balkanique, l’intransigeance face à la position espagnole s’explique par sa quête de reconnaissance internationale depuis son indépendance en 2008. Une reconnaissance qui s’est égrenée jusqu’en 2012 avant de se stabiliser, voire de baisser. Devant le blocage international, le Kosovo a mis en place une stratégie de “compensation et d’incitation” en s’adressant à d’autres acteurs.

Le sport est un bon moyen de gagner en notoriété et d’habituer une audience internationale à un drapeau, un maillot, un hymne. L’admission du Kosovo par le CIO en 2015 représente un tournant car elle signifie qu’aux yeux de cette organisation, le Kosovo est “reconnu par la communauté internationale”, selon les statuts de l’instance : “Le Kosovo accumule les victoires symboliques. Lorsqu’il est autorisé à disputer son premier tournoi de judo en Russie, pays qui ne le reconnaît pas, (la Kosovare) Majlinda Kelmendi le remporte. Même chose en 2016 aux JO de Rio lorsque la judokate remporte une médaille d’or dans un pays qui ne reconnaît pas le Kosovo”, explique Loïc Trégourès. “On voit alors une délégation, un drapeau, un hymne. La belle histoire qui est partout dans la presse internationale. L’idée est de montrer que ‘Nous jouons donc nous sommes’.”

Le Kosovo n’est pas un cas isolé et, dans les pays de l’ancienne Yougoslavie, le football est souvent un lieu privilégié de revendications identitaires ou nationalistes.

Le stade est un endroit de moindre contrôle social. Le huis clos, qui reste aujourd’hui la règle dans le football en raison de la pandémie de Covid-19, devrait empêcher toute manifestation en réaction aux agissements de la fédération espagnole. La Roja aurait pu s’épargner ce coup de chaud géopolitique en demandant à la Fifa et à l’UEFA de ne pas se retrouver dans le même groupe que le Kosovo, comme elle le fait pour la sélection de Gibraltar. Mais ce bras de fer diplomatique prouve que pour certaines sélections, il s’agit de bien plus que de football. Et pour une fois, le protocole officiel devrait être plus guetté que le match lui-même.

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