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Avec la Chine, Joe Biden marche dans les pas de Donald Trump mais avec une autre méthode

Si les relations sino-américaines se sont nettement dégradées sous la présidence de Donald Trump, la rencontre entre le nouveau secrétaire d’État américain Antony Blinken et son homologue chinois ne devrait pas désamorcer les tensions. Comme sous l’ancienne administration, l’équipe de Joe Biden lie étroitement la stratégie vis-à-vis de la Chine à la politique intérieure américaine.

Américains et Chinois réunis autour de la même table. Le tête-à-tête était attendu. Il s’agit de la première rencontre d’importance entre les deux premières puissances économiques depuis la prise de fonction de Joe Biden.

La rencontre intervient dans un contexte de vives tensions bilatérales entre Pékin et Washington sur plusieurs points, parmi lesquels la situation à Hong Kong, les droits de l’Homme, la rivalité technologique et l’espionnage, ou encore le traitement de la minorité ouïghoure au Xinjiang.

À quelques heures du grand rendez-vous, Pékin a assuré que tous les sujets seraient mis sur la table, tout en prévenant qu’elle ne ferait aucun compromis sur des sujets concernant sa souveraineté, sa sécurité et ses intérêts.

En tournée en Asie depuis mardi, Antony Blinken a affiché, quant à lui, sa fermeté face à Pékin, douchant l’espoir d’une réconciliation soudaine avec les Chinois. Avant de quitter Tokyo pour Séoul, il a accusé la Chine de se montrer de plus en plus répressive sur son sol, et de plus en plus agressive à l’étranger.

L’ère Biden comptent bien se donner les moyens de remporter la compétition dans laquelle ils sont engagés avec la Chine. En cela, la politique étrangère du nouveau président américain est dans la droite ligne de celle de Donald Trump, renvoyant à des enjeux de politique intérieure américaine. Mais la méthode diffère.

Le premier sommet du Quad indopacifique (États-Unis, Inde, Australie, Japon) qui s’est tenu le 12 mars est aussi un symbole fort de la volonté de la nouvelle administration d’aborder avec les alliés régionaux les défis posés par la Chine dans la région, de la coercition économique chinoise sur l’Australie aux tensions frontalières avec l’Inde, mais aussi les incursions chinoises dans les eaux japonaises, et le comportement de Pékin vis-à-vis de Taïwan, de Hong Kong, et de la région du Xinjiang. D’où la volonté américaine de renforcer les alliances dans le Pacifique, et l’importance du Japon, allié numéro un en Indopacfique, qui a eu droit à la première visite officielle de Washington.

La rivalité économique et technologique est une dimension essentielle de la compétition entre les États-Unis et la Chine. Il y a une volonté de répondre par une stratégie géoéconomique américaine aux pratiques chinoises. Comme sous la présidence Trump, la sécurité économique est considérée comme de la sécurité nationale. Cela doit s’entendre à deux niveaux : autonomie et leadership des industries américaines pour certains domaines clés ; relocalisation ou protection des emplois industriels américains, dont beaucoup ont disparu depuis deux décennies, en particulier dans les États clés pour la présidentielle américaine. D’où l’idée, après le plan de relance Covid, d’une autre loi très ambitieuse qui viserait à contrer la Chine en renforçant la compétitivité américaine par des investissements massifs dans les secteurs technologiques clés, des semi-conducteurs à la 5G et 6G, en passant par les technologies vertes.

L’administration Biden souhaite renforcer la position américaine dans cette compétition par des mesures intérieures fortes, notamment de politique industrielle et technologique. Autre grand principe qui diffère de Trump : travailler avec les alliés et partenaires asiatiques et européens des États-Unis, sur le plan stratégique, mais aussi plus largement pour réinvestir les organisations internationales, où le vide créé par Trump a été souvent comblé ces quatre dernières années par la Chine. L’administration Biden entend bien utiliser et illustrer le principal avantage des États-Unis sur la Chine, leur réseau d’alliances et de partenaires, considérés comme les principaux “multiplicateurs de puissance” à l’international. Au-delà, il s’agit aussi de sortir de la vision trumpienne d’un jeu à somme nulle, qui reposait sur l’unilatéralisme, pour proposer une alternative économique, technologique et stratégique à l’expansionnisme chinois. Ce que propose désormais Washington va plus loin, c’est une politique asiatique, indopacifique, et pas seulement chinoise.

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