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Alabama : Amazon, le vote sur la création d’un syndicat échoue

C’était un vote présenté comme historique, mais c’est bien le camp du “non” qui l’a emporté. Le mouvement de salariés d’Amazon pour créer un syndicat dans un entrepôt de l’Alabama, ce qui aurait été une première pour le groupe aux États-Unis, s’est soldé par un échec dans les urnes vendredi 9 avril. . Les partisans du “oui” dénoncent les actions “illégales” menées par Amazon pour faire échouer le vote.

Sur les 3 215 bulletins reçus de l’entrepôt de Bessemer, 1 798 étaient contre la syndicalisation contre 738 en faveur du RWDSU, le syndicat national de la distribution que des employés voulaient rejoindre. Plusieurs centaines de bulletins étaient contestés ou jugés non valables, mais le camp du “non” est d’ores et déjà assuré d’obtenir la majorité des suffrages.

Interrompu jeudi soir, le décompte des voix, supervisé par le National Labor Relations Board (NLRB), l’agence fédérale en charge du droit du travail, s’est achevé vendredi matin à Birmingham, capitale de l’Alabama, État conservateur et pauvre du sud des États-Unis.

Le syndicat avait remporté une première victoire l’année dernière, en réunissant suffisamment de signatures pour organiser un vote.

Le mouvement de Bessemer a ensuite pris une dimension nationale. Il a vu s’opposer les soutiens aux employés syndicalistes – des artistes, des parlementaires démocrates et républicains, et même le président Joe Biden – et Amazon, dont les affaires ont prospéré pendant la pandémie.

Le groupe de Seattle et le RWDSU se sont affrontés en ligne. Sur le terrain, Amazon a fait valoir ses arguments contre la syndicalisation à coup de textos, d’affiches et de réunions d’information hebdomadaire dans l’entrepôt depuis des mois, tandis que les syndicalistes démarchaient les employés à l’entrée de l’entrepôt jour et nuit.

Les salariés pro-syndicats se plaignent de cadences infernales, du manque de temps pour aller aux toilettes ou pour manger, du manque de protections en matière de sécurité (notamment contre le Covid-19) et de salaires insuffisants par rapport au travail demandé.

De son côté, Amazon s’est défendu en rappelant que les salaires démarraient à 15 dollars de l’heure (plus du double du salaire minimum dans l’Alabama) et qu’il fournit des avantages sociaux, comme la couverture santé. Le groupe assure que ses employés disposent de pauses nécessaires. En étant le deuxième plus important employeur aux États-Unis avec 800 000 salariés, il est régulièrement critiqué sur le front des responsabilités sociales et environnementales par des associations et certains de ses employés.

Malgré la défaite dans les urnes, Darrell West, expert à la Brookings Institution, estime que “le vote d’Amazon est un jalon majeur pour le mouvement syndical aux États-Unis, car il s’agit d’une des premières tentatives de syndicaliser une partie de l’économie numérique.”

Début janvier, des salariés de Google ont annoncé la création d’un syndicat après des divergences avec leurs dirigeants autour du licenciement de chercheuses travaillant sur les questions d’éthique liées à l’intelligence artificielle.

Pour Rebecca Kolins Givan, professeure associée à Rutgers University dans le New Jersey, “notre droit du travail est biaisé contre les gens qu’il est censé protégé.”

“C’est extrêmement difficile pour les salariés d’organiser un syndicat et incroyablement simple pour les employeurs de les brutaliser pour les en empêcher”, poursuit l’universitaire. “Amazon a dépensé beaucoup d’argent à Bessemer en embauchant les meilleurs avocats anti-syndicats du pays et en semant avec acharnement la peur et l’incertitude au sein des effectifs. Leurs investissements ont payé.”

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