La lettre de Susan Bibeau, mère de Michael Zehaf Bibeau, auteur de la fusillade du Parlement canadien

0
316

Le 22 octobre 2014, Michael Zehaf Bibeau, armé d’un fusil de chasse .30-30 Winchester, abattait le caporal Nathan Cirillo, 24 ans, au cours d’une fusillade qu’il a déclenchée au Parlement canadien, avant d’être tué à son tour de plus d’une dizaine de balles tirées par les gardes de sécurité du Parlement.

Plusieurs vidéos ont montré la violence de l’attaque, et la panique que Bibeau a provoqué près du monument aux morts d’Ottawa.

Une vidéo filmée à l’intérieur du Parlement tout d’abord, puis ces images capturées par des caméras de surveillance, qui montrent le parcours du tueur jusqu’à l’intérieur du bâtiment : il avait auparavant réussi à déjouer les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), chargés d’assurer la sécurité à l’extérieur des édifices de la Cité parlementaire, puis est entré par la porte principale, les agents de la GRC aux trousses.

Ce sont les gardes de sécurité du Parlement qui ont d’abord tenté de lui arracher son fusil avant de faire feu sur lui, selon une source au sein des services de sécurité.

Au lendemain de cette fusillade qui a semé la terreur à Ottawa, le profil de Michael Zehaf Bibeau s’est peu à peu dressé : son passé de délinquant, son addiction à la drogue et à l’alcool, son état psychologiquement instable, et sa conversion à l’Islam radical.

Une lettre de sa mère à AP

Au cours d’une brève conversation téléphonique, jeudi, Susan Bibeau a dit à l’Associated Press qu’elle ne savait pas quoi dire aux personnes touchées par l’attaque, et qu’elle était anéantie en pensant aux victimes de l’attaque.

Mme Bibeau et le père de Michael Zehaf Bibeau ont par ailleurs envoyé un mail à l’Associated Press pour exprimer leur horreur et leur tristesse devant les événements :

« Bonjour, j’écris cette note en mon nom et en celui de mon mari. Aucun mot ne peut exprimer la tristesse que nous ressentons en ce moment. Nous sommes très tristes qu’un homme ait perdu la vie. Il a tout perdu et il laisse derrière lui une famille qui ne doit ressentir rien d’autre que du vide et du chagrin. Nous leur transmettons nos plus profondes sympathies, bien que les mots nous semblent plutôt inutiles. Nous pleurons tous les deux pour eux.

Nous souhaitons également nous excuser pour toute la douleur, l’effroi et le chaos qu’il a créés. Nous n’avons aucune explication à offrir. Je suis en colère contre notre fils, je ne comprends pas et une partie de moi veut le détester en ce moment. Vous écrivez que notre fils était vulnérable, nous l’ignorons, (il) était perdu et ne rentrait pas dans le moule.

Moi, sa mère, je lui ai parlé la semaine dernière lors d’un dîner. Je ne l’avais pas vu les cinq années précédentes. J’ai donc peu à offrir pour vous éclairer. Nous ne souhaitons participer à aucun cirque médiatique, nous ne croyons pas que cela ajoutera quoi que ce soit à la conversation.

S’il vous plaît, respectez notre intimité, bien que plusieurs croiront que nous ne la méritons pas… Encore une fois, nous sommes tellement désolés.

Susan Bibeau et Bulgasem Zehaf »

Derniers adieux auprès des siens ?

La maison de la tante de Michael Zehaf Bibeau
La maison de la tante de Michael Zehaf Bibeau

Outre le dîner évoqué par sa mère une semaine avant le drame, Michael Zehaf Bibeau a passé la nuit chez sa tante à Mont-Tremblant, après 10 ans sans aucun contact avec elle, la veille de son coup de folie.

«Il est arrivé comme ça. Il a dit qu’il voulait nous rendre visite. Que ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas vus», raconte la femme, que La Presse a rencontrée à sa maison du bord du lac où la famille Zehaf Bibeau avait l’habitude de passer du temps.

«Je ne l’aurais même pas reconnu. Il avait changé. Il avait les cheveux longs, une barbe. Ce n’était plus mon petit neveu, dit-elle. En même temps, en dix ans, on change.»

Après le repas, elle lui a proposé de passer la nuit chez elle. Il a accepté. Le lendemain, à 7h, il a repris la route vers la mort, à bord d’une Toyota Corolla.

Un jeune comme les autres

Si Monique Bibeau, sa tante, dit se souvenir d’un enfant « comme tous les autres » au sujet de Michael Zehaf Bibeau, Ahmed Chouaya, un ami d’enfance, appuie cette version.

«On jouait au hockey ensemble, on prenait des verres, on sortait dans les clubs. On faisait la belle vie quand on était jeunes.»

Après 5 ans d’absence, Ahmed Chouaya a retrouvé son ancien ami « avec une barbe. On n’était plus sur la même longueur d’onde, dans la même dimension. Mes origines sont arabes, je suis musulman. Mais comme son père, je ne suis pas un gars de l’islam. », a-t-il déclaré. Les deux hommes ont alors cessé de se voir.

D’élève normal à extrémiste « pourchassé par le diable »

« Il ira loin », pouvait-on lire de la plume d’une camarade de Michael Zehaf Bibeau, dans l’album de finissants de l’école Saint-Maxime de Laval, où ce dernier a étudié.

michael-zehaf-bibeau-jeune

«C’était un élève standard, sans histoire, mentionne Michel Baillargeon, directeur général du Collège. Nous n’avons aucune anecdote ou mention d’écart nulle part dans nos dossiers. On se souvient des élèves qui se démarquent, ce qui n’a pas été son cas.»

Quelques année plus tard, il confiait à un fidèle de la mosquée Masjid Al-Salaam, en banlieue de Vancouver, où il priait, que «le diable le pourchassait».

Michael Zehaf Bibeau voulait se rendre en Syrie

À Ottawa depuis le 2 octobre, Zehaf-Bibeau avait transmis une demande de passeport et « il espérait partir pour la Syrie », a déclaré Bob Paulson, le chef de la gendarmerie royale du Canada (GRC, police fédérale). La GRC menait une enquête sur lui afin d’établir la pertinence de lui en accorder un ou non.

Des témoins ont rapportés qu’il s’était dit « frustré du fait que les autorités fédérales ne lui donnaient pas de passeport pour quitter le pays ».

Ne manquez plus aucune actualité, abonnez-vous à notre newsletter VIP.