Mort ou vif, le chef de Boko Haram suscite toujours la polémique

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L’annonce officielle par l’armée de la mort d’AbubakarShekau, chef emblématique de Boko Haram  , n’a pas pu convaincre les nigérians après plusieurs déclarations du même genre, et ne suffit non  plus à endiguer la fulgurante avancée du groupe islamiste dans le nord-est du pays.

Ceci est dû à de plusieurs annonces du même ordre depuis 2009 par des sources sécuritaires locales dans l’armée et la police.

Mais pour la première fois, mercredi, c’est le porte-parole national des armées qui a affirmé que Shekau était mort, sans cependant préciser les circonstances ou même la date de son décès.

Cette annonce suscite donc, une fois de plus, le scepticisme à Lagos.

Le quotidien The Punch, qui consacre l’essentiel de sa une à cette information a tiré jeudi sur un mode sarcastique ; « Shekau a encore été tué par les militaires ».

Les experts attendent que l’armée fournisse des preuves irréfutables du décès. Elle s’est pour l’instant contentée de produire une vidéo amateur, et une photo d’un visage de cadavre supposé être celui de Shekau, ayant une vague ressemblance avec le chef islamiste. Ce même cliché circulait depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux.

Les militaires ont en fait évoqué la mort de Shekau au détour de l’annonce de la mort d’un chef islamiste se faisant passer pour lui.

« Bashir Mohammed, alias AbubakarShekau, alias AbachaAbdullahi Geidam, alias Damasack », a été tué récemment dans des combats à Konduga, dans le nord-est du pays, a déclaré le général Chris Olukolade. Il « agissait ou se faisait passer dans des vidéos comme le défunt AbubakarShekau, le personnage excentrique connu comme le chef » de BokoHaram.

Selon le journaliste nigérian, Ahmad Salkida, qui a couvert des négociations de paix avec BokoHaram, « Shekau est bel et bien vivant », et il affirme dans un message posté sur twitter le 22 septembre que la photo montrée à la presse n’est pas la sienne.

Pour sa part, AlkasimAbdulkadir qui est membre d’un réseau d’analystes spécialisés dans la sécurité estime douter de la véracité de sa mort et des affirmations de l’armée. Selon lui, Shekau n’aurait pas pris le risque de circuler sur la ligne de front.

« Quant à Bashir, dont les photos du cadavre circulent effectivement sur les réseaux sociaux, il est assurément un commandant de BokoHaram », selon M. Abdulkadir.

Pour Ryan Cummings, consultant pour le cabinet spécialisé Red24, l’annonce de l’armée ressemble fort à de la propagande, alors que les militaires se targuent de récents succès –impossibles à vérifier– dans la guerre contre les islamistes dans leur fief du nord-est, qui a déjà fait plus de 10.000 morts depuis cinq ans et dont on ne voit pas la fin.

Certains analystes font observer que même si le décès de Shekau est confirmé, sa mort aura au final peu d’impact sur le terrain, en raison de la structure de commandement collégiale de BokoHaram.

« Même si Shekau a déjà été tué, il est évident que BokoHaram va continuer à opérer avec un degré certain d’efficacité », selon M. Cummings.

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